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Jour 6 - Vieilles caisses et légendes

Les plus belles histoires tiennent souvent du hasard. Ce matin, nous sommes partis sans consulter le road-book. Le sixième jour, vous le savez sûrement, c’est celui où l’on commence à se laisser aller, galvanisé par la réussite des journées précédentes. On se sent pour ainsi dire allégé des Todo List que nos épouses ont préparées pour nous, parce qu’on a coché pratiquement toutes les cases. Alors, on pointe une direction et vas-y que je discute dans la voiture, que j’admire le paysage et que je m’aperçois que nous nous dirigeons vers l’autoroute. Pas question ! Alors, on biaise, et on fait confiance au hasard pour nous remettre dans la bonne direction sans subir la tyrannie des péages et des files interminables de camions. Et voilà que, sur le bord d’une route, nous dépassons quelques vieux camions entassés dans un hangar. Il y en a d’autres sur le bord de la route. J’hésite, mais derrière moi, j’ai mon Daniel qui fait : « Ah ! Demi-tour, bon sang de bois, demi-tour, y a un site mécanologique ! » Pas question de lui résister, ce serait comme qui dirait un crime de lèse-majesté.

Montchanin 2026

Le triomphe de la rouille !

Montchanin 2026

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Montchanin 2026

Je m’exécute et, comme nous sommes des gens polis qui ne rentrent pas dans une propriété privée sans y avoir été invités, nous apercevons un garage en face. Nous nous y rendons pour découvrir le patron qui doit se rendre aux urgences après avoir passé un doigt dans la meule. Ça n’a pas l’air de le traumatiser, mais il vient d’avoir le SAMU, qui lui demande de se rendre à l’hôpital au plus vite. Devant ses deux employés, il hausse les épaules et préfère entamer la discussion avec nous. La maison a 102 ans d’existence, et lui, ça fait 61 ans qu’il bricole. « Et Dieu d’bon Dieu, c’est ben la première fois (rouler les “r” s’il vous plaît) que j’me blesse comme un con… » On lui propose de l’emmener à l’hôpital, il décline : « Z'en faites pas, ma secrétaire va m’y emmener ». « J’dis pas non, qu’elle lui répond. Mais comment que tu vas y rev'nir ? » « Ben, t’as raison, j’m’en vais prendre la bagnole ! » « Mais t’es pas bien, dans l’état qu’t’es ? » « Ben quoi, on voit l’os, et alors ? » Et de montrer sa poupée pour la prendre à témoin et se tourner vers nous. « Bon, j’discuterais bien l’bout de gras avec vous, mais y a urgence si j’veux sauver l’doigt. Il pourrait encore servir, c’est l’majeur, tout de même ! Mais allez-y, j’vous fais confiance. Faites comme chez vous ! » On a fait tout comme, avec respect (et d’ailleurs, je ne vous donne aucune indication sur l’endroit pour ne pas l’ennuyer), et je vous laisse imaginer les deux gamins que nous étions, lâchés dans ce parc d’attractions magique…

Montchanin 2026

Voilà la roche de Solutré. Encore faut-il y grimper ! C'est pas du mou d'veau !

Montchanin 2026

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Mais ça vaut le coup d'œil...

Le reste de la journée ? Bah, on ne l’a pas vu passer, tant nous avions des images plein la tête de vieilles caisses rouillées, de camions à moitié désossés, de voitures enfouies dans les herbes ou couvertes d’une épaisse couche de poussière. Pourtant, nous avons payé de notre personne avec la montée de la roche de Solutré, vous savez, ce bout de caillou calcaire, posé au milieu de rien (pas loin du Pouilly Fuissé tout de même !), que François Mitterrand grimpait chaque année pour rappeler à tous qu’il avait été résistant et qu’il tenait ainsi une promesse à des copains morts sous le joug nazi. Je m’en voudrais de refaire l’histoire, mais bon, les journalistes en faisaient leurs choux gras chaque année, rappelant parfois (mais pas toujours) sa Francisque et son passé aux côtés du régime de Pétain. Mais ceci ne nous regarde pas, quoique… Bref, nous sommes montés là-haut et, ma foi, le paysage valait les efforts consentis. La vue y est remarquable et je tairais les commentaires des mauvaises langues qui prétendent qu’il se faisait déposer en hélicoptère pour ne faire que les 150 derniers mètres à pied. Même et surtout si c’est vrai, c’est mesquin de démolir ainsi une légende…

Montchanin 2026

Le château de Lamartine à Saint-Point.

Montchanin 2026

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Sophie de Baecque, la propriétaire actuelle, nous a guidés dans la visite des appartements de Lamartine.

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Tiens, puisqu’on parle de légende, nous sommes allés visiter le château d’Alphonse de Lamartine, à Saint-Point. Pourquoi je vous en parle ? Mais parce qu’on a un peu oublié l’auteur des plus beaux poèmes romantiques du XIXe siècle, et ses vers célèbres, « Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé », « Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? », « Il y a une femme à l’origine de toutes les grandes choses », « Ô temps, suspend ton vol ». Or, cet homme qui n’a été poète que par accident et se rêvait grand politique, a été un diplomate de qualité et l’un de ceux qui ont créé la IIe République. On lui doit aussi l’abolition de l’esclavage qu’avait rétabli Napoléon, l’abolition de la peine de mort pour crime politique et le suffrage universel pour les hommes (les femmes attendront un siècle de plus). Il aurait dû accéder à la présidence de la République en 1848, mais il lui manquait la notoriété sur laquelle Louis Napoléon Bonaparte a bâti son élection triomphale (les Français ont la mémoire courte, sans doute qu’ils rêvaient de retrouver la grandeur d’un Empire qui les avait laissés exsangues !). Vexé, se sentant humilié, et encore plus quand le Bonaparte a rétabli l’Empire, il s’est remis à l’écriture et s’est reclus en partie dans son château pour y pleurer sa grandeur déchue et ses amours perdues (Julie Charle, son premier amour, et Mary Anne Birch, son épouse, mais aussi sa fille Julia et son fils Alphonse). Passé de mode, traité de poète poitrinaire par Flaubert et les tenants du réalisme en littérature (Zola ou Rimbaud), il a fini couvert de dettes, seul, et sans descendance, léguant ses biens à une nièce qui, par bonheur, a su préserver ses écrits et ce château.

Voilà, j’en termine aujourd’hui avec les comptes-rendus de notre AG. J’espère que vous avez apprécié ces découvertes et qu’elles vous inciteront à venir faire un tour par Montchanin, dont vous savez désormais où il se situe. Pour ma part, je repars demain matin pour préparer l’exposition de peinture de Parkin'Art à Saint-Germain-en-Laye, où expose Marie-Hélène. Le vernissage a lieu vendredi soir, si ça vous dit de nous rejoindre, ce sera avec plaisir (salle Paul et André Véra, près du RER). À très vite, pour de nouvelles aventures  !


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