À la question : « c’est où Montchanin ? », je n’en connais qu’une poignée à être capable de pointer du doigt cette ville sur une carte. Quand vous dites que ce n’est pas loin du Creusot, votre interlocuteur n’a pas l’air plus avancé. Le Creusot, la famille Schneider, les locomotives, les canons, le marteau-pilon le plus gros au monde (à son époque), la cristallerie de la Reine Marie-Antoinette, c’est comme une plongée dans l’inconnu. Alors, certes, pour les vieux que nous sommes (et soyons-en fiers), cela nous évoque la grandeur de l’industrie française, l’époque où notre acier rayonnait, ou nos fleurons de l’industrie damaient le pion à la fière Angleterre (Eugène Schneider n’est-il pas monté à la tribune de l’Assemblée, alors qu’il était député, pour annoncer avec fierté à ses collègues avoir vendu des locomotives à la reine Victoria, sous les vivats et au son d’une Marseillaise entonnée avec vigueur par des gorges gonflées d’orgueil ?). Mais pour les jeunes, c’est un peu comme leur annoncer que nous leur donnons rendez-vous en terre inconnue.

Arrivée à la Cristallerie de Marie-Antoinette. Voilà Laurent avec sa nouvelle acquisition, une DSpécial.


Nous sommes plus de 140 pour l'AG, mais un peu plus d'une centaine cet après-midi.
Alors, je vous explique. Le Creusot, c’est comme qui dirait le sud de la Bourgogne (ah, ça commence à mieux vous causer !), non loin de Beaune (oui, oui, je vois quelques papilles qui frétillent), à deux pas de Chalon-sur-Saône et de Mâcon, bref en Saône-et-Loire. Là, je vois les puristes qui prétendent que seul le département de la Côte d’Or peut se réclamer de l’appellation Bourgogne et à ceux-là, je leur demanderai de m’expliquer comme le vin de Maranges, à cheval sur ces deux départements, peut mériter ou non le patronyme de Bourgogne ? Même sol, même coteau, même exposition, mais trois mètres plus loin. Bref, vous l’aurez compris, Montchanin, c’est ailleurs, et c’est tant mieux. Parce qu’on y est bien, et qu’on va y rester une semaine, n’en déplaise aux Cassandre. Et, si vous nous suivez, je ne doute pas que vous aurez, vous aussi, envie d’y faire un tour.
Le Creusot au moment vers 1900.

Ecoutez bien la guide, il y aura interrogation écrite à la fin !

Quelques exemples de ce que produisait la cristallerie avant sa vente à Baccarat.

En parallèle, se tenait une exposition des œuvres de Bernard Chadebec pour l'INRS, chargé de prévenir les risques en entreprise.
Aujourd’hui, nous avons donné rendez-vous à tout le groupe (plus de 140 personnes, tout de même) au Château de la Verrerie… au Creusot. Bien nous en a pris, parce que comme mise en bouche, il n’y avait pas mieux pour situer l’intérêt de la région. Schneider (prononcez Chnèdre, s’il vous plaît), ça vous situe la puissance du lieu, fleuron de l’industrie française durant quatre générations, succédant à une cristallerie qui doit son existence au charbon que l’on extrayait dans les jardins (je ne rigole pas, c’est la réalité de l’époque, on charbonnait son jardin !), charbon indispensable aux fours capables de fondre le verre pour en faire du cristal (sable + potasse + plomb, ce dernier dans une proportion d’au moins 24 %). Ici ont été produits des canons (en fonte), des locomotives, des bateaux, des sous-marins, même, et on y a inventé des machines qui ont traversé les siècles. Le lieu, rénové en 1950 après les bombardements Aliiés de 1942 et 1943 (merci le plan Marshall), a été totalement transformé depuis. L’activité de fonderie a cessé, l’un des fours a été transformé en théâtre, et les lieux administratifs en résidence pour la famille Schneider. Aujourd’hui, c’est, pour l’essentiel, un musée et le parc de 28 hectares est devenu un lieu de délassement pour tous les creusotins. Je vous vois hausser un sourcil intrigué. Vous faites bien, car vous n’êtes pas au bout de vos surprises.

Quel accueil de nos organisateurs ! Ça promet pour la soirée inaugurale...