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Etape 13 - AncĂ´ne / Parme
Quelle journée ! Réveil à 5h, les yeux embués de sommeil après une nuit quelque peu agitée pour cause de vaguelettes vaguement vagabondes. Il paraît que ça secouait et certains ont cru leur dernière heure arrivée, alors même que le bateau fendait paisiblement une mer d'huile, seulement perturbée, de temps à autre, par un léger mais alors très léger dos d'âne. Pas de quoi faire frémir de l'huile dans une poële froide (dicton croate). Petits yeux, et ventres affamés car le petit déjeuner, sur le ferry, c'était d'abord faire une queue d'une longueur emphatique, puis prendre un vague morceau de pain qu'il fallait tartiner avec de la margarine et un succédané de confiture (les premiers ont cependant eu droit à un croissant, mais comme c'étaient les plus morphals et qu'ils ne pensaient pas aux autres, ils en ont pris deux ou trois alors qu'ils ne devaient en prendre qu'un, on appelle ça de la solidarité ! ou de la goujaterie, c'est selon, moi je dis c'est pas sympa pour ses copains), avant de la tremper dans un verre sale rempli d'eau (c'est juste une image pour vous faire comprendre que ça n'était pas vraiment un café, encore moins un thé). Au passage, il ne fallait pas oublier de rendre sa clé sans quoi votre serviteur serait encore sur le bateau, retenu en otage par le personnel et avec son passeport confisqué parce que j'ai trouvé le moyen de me porter garant pour tous. Comme d'habitude, il y a des étourdis qui n'écoutent jamais rien et se promènent tout tranquillement avec leur clé dans leur poche, alors qu'on les cherche partout (merci Michelle). Les consignes du briefing, on se demande parfois si ça vaut le coup qu'on les donne.
Mais ce n'était point fini. Le bateau venait alors d'accoster et les douaniers sont montés à bord pour procéder aux habituelles vérifications des passeports qui se réduisent ici à un petit signe de tête si vous faites partie de la communauté européenne, à un œil plus suspicieux si vous êtes un rien trop bronzé (le seul à qui on a demandé de vraiment le présenter, c'est Thierry Santorin, on appelle ça un délit de faciès, même ici en Italie !) et à une fouille en règle si vous êtes, comment dire, d'ailleurs... Comme d'habitude, il y a les disciplinés qui se mettent dans la file et les resquilleurs qui poussent tout le monde et tentent de passer par les côtés. Bizarrement, ce sont souvent les mêmes que ceux qui oublient de rendre leurs clés, suivez mon regard. Bref, ce qui devait être simple se transforme en foutoir et nos braves douaniers se mettent doucement en colère. « Dehors ! Uscita ! » Les prioritaires, les voyageurs au long cours le savent, ce sont toujours les camionneurs, parce que leurs poids lourds rentrent en dernier et ressortent donc en premier. Tant qu'ils ne sont pas partis, impossible de faire bouger la moindre voiture dans la cale. Mais voilà, nous n'avons pas que des voyageurs au long cours dans la troupe, et c'est à qui descendra le premier dans la cale pour mettre en route son moteur et asphyxier les autres. Etrangement, ce sont souvent les mêmes qui... Stop, arrêtons-là la délicieuse moquerie du matin qui nous a pourtant bien fait rire alors que nous attendions tranquillement sur le port que nos ouailles sortent.
Sur le port, nous avons retrouvé notre camarade Angelo, participant à notre dernier rallye au Maroc et qui nous a organisé la visite d'une usine de chaussures. Ca tombe bien, Laurent Krier, notre belge préféré, a une chaussure dont la semelle s'est décollée. « Regarde, je fais le crocodile ! » se marrait-il alors que, la veille au soir, le bateau tanguait très légèrement et que l'essentiel des participants partait en zigzaguant vers sa cabine. Oubliant que sa chaussure n'est pas en croco mais dans un vague cuir marocain, tanné à la main et teint avec les pieds. Il pourra, au moins, s'offrir une vraie chaussure italienne. Le problème, c'est que l'usine est à une trentaine de kilomètres d'Ancône, sur la route de Rome, à l'opposé de la route qu'il faut prendre aujoud'hui et que les opérations de débarquement ont pris deux heures, au lieu de la petite heure habituelle, la faute à l'indiscipline de ces « francese ». Comme nous le faisait remarquer avec humour une Italienne plantureuse : « d'habitude, ce sont les Italiens qui se faufilent dans les files, et les Français qui se font dépasser, là vous avez foutou oune borrrdel que jamais j'en avais vou de toute ma vie. Et vous faites ça souvent ? » Hélas oui, il n'y a rien de pire que des Français se déplaçant en groupe, surtout lorsqu'ils sont accompagnés par des Belges déchaînés.
Bref, tandis que la troupe finissait enfin par s'égayer, non sans avoir réussi, au passage à boucher la sortie du port (je vous jure, on leur a tout fait et ils se souviendront longtemps du passage de notre caravane, je pense qu'en octobre, nous aurons droit à l'armée pour nous canaliser...), suivant Angelo, j'ai décidé de tracer directement sur Imola où je devais déposer la P60 dans la petite Officina de Gino Castagnari, à Imola. C'est un minuscule garage sur la Viale della Resistenza que mon ami Marco Visani m'avait indiqué comme sûr et dans lequel officie un amoureux des anciennes. D'ailleurs, lorsque nous sommes arrivés chez lui, il y avait une 2 CV sur le pont, mais lui n'était pas là. Entretemps, il est vrai, la donne avait légèrement changé. Le rapatriement ne se fait en effet plus d'Imola mais de Parme grâce à l'intervention diligente de Marco, de l'Automobile Club d'Italie et de Rétro Assurances. A l'heure qu'il est, elle est sécurisée à Parme et elle part dès demain soir pour arriver vendredi matin à Aix-les-Bains. C'est qu'il fallait impérativement libérer un plateau pour aller chercher la Traction des Chaplais qui est restée à Iseo Lago. Là encore, bonne nouvelle, sa Traction va pouvoir être rapatriée chez lui, en Normandie, grâce à Bailly Assurances qui a fait le nécessaire. Comme quoi, lorsqu'on a un bon assureur en face de soi, ça se passe quand même nettement mieux, mais que ça ne vous empêche pas d'étudier à fond vos contrats et de demander à votre assureur, avant de partir, si votre police d'assurance du véhicule comporte bien une clause rapatriement du véhicule et quelles en sont les clauses...
Le voyage touche à sa fin. Sur le parking, trois blessées se font soigner. L'Alpine A310 de Pierre Libine, en butte à des soucis d'embrayage (« je ne peux plus débrayer »), la Triumph des Monteil (« plus d'huile dans la boîte de vitesses qui fuit comme une serpillière ») et une vitre récalcitrante dans la Daimler de Pierre Beckaert. Je vous épargne les nombreuses baignoires qui sont arrivées chargées d'une eau tombée en torrents de nuages d'une noirceur incroyable, beaucoup d'autos n'étant pas étanches. Le temps a, en effet, décidé de jouer du yoyo car il n'a fait qu'entre deux énormes averses. Il paraît que, demain, ce sera du même tonneau. Sans doute pour nous dire que l'aventure touche à sa fin...

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