La route. Enfin ! Cela fait des mois que nous attendons ce jour. Avec impatience et un petit pincement au cœur, des images plein la tête. De celles qui nous ramènent au 22 octobre 2005 à Bailly, devant l’atelier de Gazoline pour les vérifications techniques et administratives du 1er Rallye-Raid Africa Gazoline. Pour tous, organisateurs et participants, c’était une grande première et on pouvait lire l’émotion sur tous les visages, les petits sourires mi-heureux, mi-inquiets. Parce que ça ressemblait furieusement à une folie et que nous étions un groupe de 162 participants, fort de 80 voitures, camions et motos. Tous novices. S’apprêtant à vivre une aventure inoubliable, démarrée le lendemain matin place du Trocadéro, sous le drapeau brandi par le président de la FFVE de l’époque, Claude Delagneau, juché sur le hayon du Berliet Gazelle ! « Je ne pouvais pas faire autrement que de venir vous soutenir, dira-t-il au micro, tandis que nous versions une larme. Je défends l’idée que les véhicules anciens sont des objets roulants et c’est avec ce genre de manifestation qu’on finira par convaincre ceux qui en doutent encore ! » Applause. Et le sentiment d’avoir très largement contribué à ce mouvement, puisqu’aussi bien, en ce 22 octobre 2005, il n’existait quasiment pas d’autres rallyes de ce type. On n’osait pas encore sortir de son canton ou de son département. Ou très peu, et la peur au ventre. Celle de la panne, bien sûr. De la verbalisation aussi (souvenez-vous, il fallait un carnet à souche pour quitter son département lorsqu’on était immatriculé en tant que véhicule de collection). De ne pas arriver à suivre ceux qui vous précédaient (parce qu’on en était souvent à rouler en convoi sur une ou deux journées, guère plus). Quel pas de géant nous avons accompli ce jour-là, sans nous en douter, sans l’avoir cherché ! Nous n’avions qu’une ambition : partager avec le plus grand nombre le plaisir de rouler en ancienne au long cours pour découvrir des paysages, des populations, des cultures, nouer des amitiés qui dureraient longtemps, jusqu’au bout de nos vies.

Didier et Véronique Aubry, Christelle Levitre et Pascal Langlois. Pour Didier, il y aura forcément une émotion un peu particulière en haut de la Vallée des Roses. Il vous racontera peut-être. Pour Pascal, c'est un grand retour. Il a été dans l'équipe d'assistance de nombreuses années.

En 2005, les Sauvat ont fait la balade, avec leurs filles, dans une 2 CV de 1958. En vieillissant, ils ont choisi le confort !

Ils ont fait tellement de rallyes avec nous qu'on aurait pu croire qu'ils étaient déjà avec nous en 2005. Ce n'était pas le cas, pour eux, ce sera même une découverte.
Et nous voici, 21 ans plus tard, à boucler une boucle fantastique qui nous aura vus organiser plus de quarante rallyes au Maroc, en Tunisie, en Croatie, au Monténégro, en Grèce, en Turquie, en Espagne, en Bulgarie, en Roumanie, en Namibie, en Italie, en Irlande, en Écosse, en Albanie et en Macédoine du Nord, sans oublier un mémorable Tour en France de trois semaines. Nous voici un peu moins nombreux qu’à l’époque. Parce qu’aujourd’hui, nous ne sommes plus seuls à choisir cette destination pour dérouiller nos guimbardes et les hôtels doivent composer avec. Nous ne devons qu’à la longue amitié nouée avec la plupart des propriétaires de ces hôtels d’avoir pu réserver autant de chambres. Ils se souviennent de notre première et de la folie que nous avions créée en organisant, notamment, le plus grand camp de toile jamais vu au Maroc, installé au pied des dunes de Tinfou. Une semaine d’installation, des tapis venus de tous les coins du pays, des tentes berbères amenées, pour certaines, du désert profond à dos de dromadaires, les toilettes bouchées, la musique jusqu’à plus d’heures…

Nos amis du Nord, Didier et Marie Dal. Des anciens, mais également des novices pour le Maroc.

Pas de chance. Nos amis Jean-Marc et Chantal Fritz auraient dû être là avec leur Rancho. Mais Chantal s'est fait greffer une prothèse de hanche il y a moins d'un mois. Ce n'aurait pas été raisonnable, même s'ils auront attendu le tout dernier moment, espérant un miracle... Bon rétablissement, Chantal, on t'embrasse fort et on pensera bien à vous deux sur les routes.

Au final, ce sont deux des quatre Rancho prévus qui disparaissent dans la dernière ligne droite. Celui de Bruno et de Françoise Bertin a connu une grosse fuite d'huile à Bourges. Demi-tour, et c'est en Pontiac qu'ils participeront.
Les toilettes ! Encore un grand souvenir. Rappelez-vous, vous qui étiez déjà là en 2005, le camping de chez Michèle. La bande musicale venue d’un autre temps, deux douches pour tout le groupe et de l’eau froide pour ceux qui avaient dormi comme des masses après une soirée très arrosée. Souvenez-vous aussi de l’Auberge Jurassique, de l’ami Zaïd, du gigantesque couscous aux sept légumes préparé par les femmes de son village au milieu des mouches et des curieux, puis de l’arrivée dans le village de Zouïat-Hamza pour y apporter des fournitures scolaires pour l’école, avec la traversée d’un petit oued… à sec dans lequel le maquettiste de Gazoline avait ajouté des pingouins, spectateurs de cet improbable convoi… Je vous le prédis, nous allons avoir la larmichette à l’œil tout le long de ce rallye, parce que nous retournons sur le lieu de nos premières amours.

Nos amis du Beaujolais roulent groupés. De gauche à droite Ana Guillemin, Jocelyne et Bruno Rosel et Robert Guillemin.

Plus de Berliet Gazelle cette année, mais notre désormais célèbre remorque-apéro.
Dans quelques heures, nous serons à bord du Massilia. Vous faites route pour nous rejoindre. Cette fois, nous ne ferons pas comme à Sète, lors de la première édition. Ce jour-là, en prenant de la hauteur, nous avons eu peur, Daniel et moi et, l’espace d’un instant, nous avons imaginé tout annuler. « On est cinglés ! On n’y arrivera jamais ! Ils vont nous lyncher à peine arrivés ! » « C’est trop tard, non ? Et puis, il fait beau, il ne pourra rien nous arriver sous un ciel pareil ! »
Et voyez, 21 ans plus tard, à quelques jours près, nous remettons le couvert une nouvelle fois… Hâtez-vous, les amis, nous vous attendons sur le port de Marseille, face à la Gare maritime, à partir de 14 h.

Chez les Bour, on ne voyage jamais que dans la démesure. Un plateau trois essieux !